Sous ma doudoune.
La grisaille de l’hiver plane au-dessus du collège George Brassens. Je suis emmitouflée dans ma doudoune rouge cerise de la marque Bel Air, celle portée en différents coloris par les filles populaires.
Il y a une chose que les filles populaires possèdent et que je désire par-dessus tout : un amoureux.
Un garçon de ma classe, qu’on prénommera F, est apparemment amoureux de moi. Son meilleur ami, E, me l’a affirmé.
Moi, j’en suis sûre, c’est un mensonge.
À la récréation de l’après-midi, toujours emmitouflée dans ma doudoune, je suis bien décidée à confronter F et E. Ils sont adossés à un marronnier dépouillé de ses feuilles. Je me dirige vers eux déterminée. « Avouez que vous me mentez, F n’est pas amoureux de moi ! ».
E me rétorque : tu n’as pas lu le mot qu’il a glissé dans ton cartable ?
Je ne réponds pas. La situation semble l’amuser. Il renchérit, faussement touché :
— Dommage… Il aurait bien voulu une réponse, tu sais… Une réponse à la déclaration d’amour qu’il t’a faite devant toute la cour. Une réponse aux regards en musique et en permanence. T’imagine, Il a même écrit à la craie sur le tableau de la classe qu’il était amoureux de toi ! C’est vraiment méchant de ne pas répondre.
— Arrête, je sais que c’est faux ! Je sais que vous me mentez !
J’hurle presque sans pouvoir leur vomir à la figure les mots qui couvent sous mes dents baguées : putain arrête de me prendre pour une conne !
Je me sens impuissante. Je ne sais pas comment leur faire cracher le morceau.
Je décide d’aller demander de l’aide à un de leur ami, M.
« Bah oui, ils te mentent c’est sûr. Ça me parait bizarre qu’il soit amoureux de toi. »
Il va les voir pour savoir la vérité.
Les minutes passent. C’est long. Ils se marrent tous les trois. Finalement, M revient : « Oui, effectivement, il ne t’aime pas. »
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