Court Bouillon

Voix.

Les bruits me paraissent de plus en plus loin, et mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine comme si je venais de courir un sprint.
Qu’est-ce qu’il se passe ?
Je tente de lever la main pour faire un signe à Lou, mais mon bras semble paralysé. Je ne comprends pas. C’est peut-être ce virus. Tu le savais pourtant.
J’ouvre la bouche et tente de parler, de crier mais ma gorge est tellement sèche que je n'arrive pas à émettre le moindre son. Et surtout je m’aperçois que
Je
n’arrive plus à
respirer
Je vais mourir.

Je ne sais pas comment ni pourquoi mais je me retrouve assise par terre, contre le mur, face à Lou qui me souffle de respirer.
— J’arrive… pas… je tente d’émettre entre deux sifflements.
Elle prend mes mains dans les siennes et me dit :
— Ça va aller, Aza. Tu vas y arriver. Tu vas pas mourir.
Je peux lire dans ses yeux qu’elle est aussi paniquée que moi, mais qu’elle fait tout pour ne pas le montrer. Elle tient toujours mes mains et on respire, ensemble.
Je finis par retrouver un peu de souffle. J’ai froid et chaud à la fois. Je ne comprends rien.
Pourquoi ?
Les bruits reviennent. La musique, la fête. Et puis les autres. Tu as vérifié si le sol était propre ? Tu vas attraper des maladies, assise par terre.
Soudainement, je me sens épuisée.
Lou me propose de trouver un endroit plus tranquille. Elle m’aide à me lever, je ne suis pas sûre que j’aurais pu le faire toute seule. Je fais quelques pas pour m’assurer de la stabilité de mes jambes, puis nous nous dirigeons vers une des chambres de l’appartement. Lou verrouille la porte pendant que je m'écroule sur le lit. Tu ne sais pas qui dort dans ce lit. Il y a peut-être des microbes qui traînent. Malgré leur présence, je pourrais m’endormir.
T’endormir ? Dans le lit d’un inconnu ? Evidemment que tu ne pourrais pas. Tu n’aimes déjà pas dormir chez des amis.
Qu’est-ce qui ne va pas avec moi ?
Mon amie s’assoit à côté de moi sans rien dire. Tiens, le mal de crâne est revenu. Tu es sûre que ce n’est qu’une migraine, et pas un problème plus grave ? Puis après un long silence, elle demande :
— Ça va ?
Je prends le temps de réfléchir à la question. Non tu ne vas pas bien. Tu es folle.
— Ça va mieux que tout à l’heure, je réponds. Mais j’ai l’impression d’être complètement vidée. Et je ne comprends pas… ce qu’il s’est passé. Je termine, la gorge sèche.
Lou me regarde avec la même lueur d’angoisse dans le regard que tout à l’heure.
— Je crois que t’as fait une crise de panique.
Elle m’explique qu’elle a vu que je n’avais pas l’air bien, et qu’elle m’a emmené dans le couloir pour m’éloigner de la foule. Mais mon cerveau reste bloqué sur le “crise de panique”.
— Mais… Il faut une bonne raison pour faire une crise de panique non ? Ça arrive pas comme ça, par hasard ?
Elle réfléchit.
— Je ne suis pas sûre. Je crois que tu peux en faire une sans qu’il y ait eu de… traumatisme ou de problèmes trop graves dans le passé, tu vois ? Ça peut t’arriver parce que ton corps se sent à bout.
Et ton corps EST à bout. Il est malade. Tu vas bientôt mourir.
Je réfléchis. Toujours cette douleur dans le crâne… J’ai toujours été anxieuse. Tu te souviens de ce que tu as mangé tout à l’heure ? Tu sais comment ça était préparé ? Pour tout et n’importe quoi. Et parfois tu ne t’inquiètes pas assez. Tu ne prends pas assez au sérieux ce que je te dis.
“Ferme-la, cerveau !”
Je me sens de plus en plus fatiguée. Un doute soudain m’envahit :
— Et ça peut m’arriver encore, hein ? Ça peut recommencer ?
Lou m’observe d’un air embêté.
— Oui. Ça peut recommencer.
Je me laisse retomber sur la couette. Ça peut m’arriver à nouveau. Ça va forcément recommencer bientôt. Je ne veux pas que ça recommence. Je veux pas…
— Aza. Respire.
Mon amie s’est approchée de moi. Je m’aperçois que ma respiration s’est accélérée. Je tente de reprendre mes esprits et de penser à autre chose.
Tu es bien sûre de t’être lavée les mains tout à l’heure, avant d’arriver ?
Cette douleur dans la poitrine, c’est peut-être un cancer…
Tu as forcément attrapé une maladie avec tous ces gens dans la même pièce.
Je secoue la tête, essaye de les chasser. Elles sont toujours là. On fait ça pour te protéger. Partout.
— Aza, ça va ? Lou m’effleure l’épaule.
Elle va te contaminer. Ne la laisse pas te toucher. Je sens les larmes monter.
— Je crois que j’ai besoin d’aide.

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